×
×

Depuis l’automne 2018, à Pontigny, Quincy, Monbenoît, Christian Rondet a saisi différents moments des jours et des mois, des brillances de l’été et des ombres hivernales, mais il n’est pas un simple observateur, un enregistreur par le moyen de la photographie, il a, par le secret de son art, fait advenir la lumière dont la pierre a été réceptacle, il la restitue pour « faire ressentir la présence de l’invisible ».

Micheline Durand
Conservatrice en chef du patrimoine,
présidente des Amis de Pontigny

×

Christian Rondet aime à présenter l’Image comme une construction, procède à l’échafaudage d’une rencontre entre différents plans, différentes surfaces de l’édifice, dont le résultat final est construit de strates aux différentes opacités. Bel et bien composées en direct, sans artifice numérique, ces images fantastiques - au sens de créées par l’imagination ou ressenties comme telles - prolongent les nefs, révèlent des ouvertures, des alcôves ou des vitraux, là où cette stricte planéité du mur ne laissait rien entrevoir. Du mur vide en tant que support, l’artiste y fait émerger des résonances géométriques, des jeux de lignes et de profondeur. Il s’approprie l’espace pour en faire finalement ressortir l’essence même, l’originalité particulière de l’ordre monastique : simplicité, dépouillement et grandeur pour centrer la foi sur la spiritualité plutôt que sur l’ornemental. C’est tout là que les images rigoureuses parfois austères, dansantes et chancelantes, font raisonner non seulement la réalité de l’architecture abbatiale dans l’irréel, mais aussi en relève et en souligne l’histoire et les fondements. C’est un dialogue entre l’art de l’image et l’esprit de dévotion qui a accompagné les édifications depuis le douxième siècle. Le caractère mystique des lieux se trouve renforcé par ces différentes couches d’images, inventées, créées à partir de la lumière même. L’analogie est facile, rapide et créatrice d’un sens décuplé, entre la lumière comme élément central des compositions picturales et ces lieux de recueil dédiés à apporter la lumière spirituelle aux fidèles.

Laura Samori
Dans la spiritualité des architectures de lumières

×

[…] Entre février et avril, les variations des tonalités lumineuses modifient l’atmosphère des intérieurs silencieux. Les détails apparaissent d’une façon gracieuse dans la simplicité opaque du verre et ornementent alors les surfaces sur lesquelles, seule la technique de l’artiste leur permet de venir se poser. Il leur offre une nouvelle demeure, un nouvel espace d’expansion et alors, il ne s’agit pas de capturer la lumière, mais de composer avec elle comme avec de la peinture, à la recherche des rencontres possibles entre ces multiples sources d’apparition. Les jeux de superpositions par les reflets des voûtes quadripartites, cette multiplication des croisées d’ogives replongent de nouveau dans une forme d’irréel accueillant, où la stricte linéarité des pilastres et volées d’escaliers s’efface. C’est alors les arcs de cercle et la danse de la lumière à travers les vitraux qui transportent notre regard. Le Carnet de Lumières, part diurne dans l’infinité des nuits qui lui succède, est cette part de confiance dans ce qui émane directement de la réalité. C’est aussi une confidence, celle de dire « voici ce que je retiens, ce que j’ai aimé » d’une façon qui familiarise avec l’austérité des grandes structures des abbayes. Christian fait se rencontrer les arts et les disciplines. Son travail fait penser à la phrase de Voltaire, qui explique « Tous les arts sont frères, chacun apporte une lumière aux autres. » (1772) et ajouter que lorsqu’ils se trouvent en rapport les uns avec les autres, ils se trouvent parfois magnifiés. La pierre de l’abbaye est rendue scintillante par les faisceaux, qui des vitraux jaillissent pour se voir capturés et sublimés par l’art de l’image. Ce dernier vient joindre, associer et pérenniser cette rencontre des arts et des savoir-faire sur un même support. Il ne manque que la musique, que l’on peut s’inventer, deviner.

Laura Samori
le Carnet de Lumières

×

Alors que le XIe et XIIe sont deux siècles qui s’inscrivent dans le « grand essor » de l’Occident, les Cisterciens se rattachent à la stricte règle de saint Benoît. Notre-Dame de Quincy (1133), fille de Notre-Dame de Pontigny (1114), ont fait partie de ces Instituts Monastiques intégralement ordonnés à la contemplation, la prière et le travail. Les photos de Christian Rondet observent et transmettent parfaitement cette solitude, cette paix intérieure dans lesquelles les moines assuraient l’humble et noble service du Divin. L’eau source de vie et le jardin dans l’enceinte des bâtiments claustraux cadraient le rythme assidu du travail silencieux. La technique du jeu de lumières, celle des images par reflets sur les murs austères de ces abbayes, sont une invitation à la recherche de pureté spirituelle et à la méditation.

PAX dont nous avons tous besoin !

Delphine Couffon,
juin 2020

×

« Le froid, le silence et la solitude sont des états
qui se négocieront demain plus chers que l’or
sur une terre surpeuplée, surchauffée, bruyante ! »

Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie
éditions Gallimard, 2011

Les roches, les carrières, les sculptures anthropomorphiques illustrent parfaitement ce rapport intime et exigeant à la matière exhibée. Outrepassant la technique, indéniablement photographique, c’est plutôt le travail du peintre qui est ici à l’œuvre. Le réel est du voyage, point de départ du motif, mais aussi instrument même du passage dans le féérique, le fantastique, un lieu où le monde connu a cessé d’être. Avant d’avoir vu les images des chaos rocheux et des lumières en torrents, difficile est de se remémorer la dernière fois que l’on a pris le temps d’apprécier la structure même d’un ensemble rocheux traversé par des eaux jaillissantes. Cela paraît tout à la fois dérisoire et primordial, une centralité première dans la constitution terrestre, mère de l’humanité, et une multiplicité d’évidences que l’on oublie alors que l’on vit à côté. C’est là tout l’art, de montrer la beauté là où l’on ne voit qu’une forme variable de l’ordinaire. De l’esprit poète émanent les considérations qui renferment la pureté d’une beauté de l’infime.

Laura Samori
Les Nocturnes : une esthétique philosophique ?

×

« La nuit désigne une atmosphère qui inspire la pensée » pour reprendre les mots de Maurice Blanchot : territoire des rêves, du doute, de la solitude mais aussi de la réflexion et de la résilience. Tandis que s’opposent autant que se complètent la nuit et le jour, la lumière et l’obscurité, le plein et le vide, l’opinion commune avancerait que la nuit est le vide. L’artiste déconstruit formellement cette affirmation par la densité de ses compositions. La nuit devient le plein, le palpable et le narratif. Elle révèle la cohésion des éléments qui entrent en dialogue par la seule existence de l’éclairage doucement posé sur eux par l’artiste.

Laura Samori
Dans la spiritualité des architectures de lumières

×

Les Fleurs de Glace s’inscrivent dans les séries des " Chemins de Traverse ", explique Christian. Ces " Chemins de Traverse " sont simplement des temps en atelier, souvent préparatoires à ceux où je parcours paysages et haute nature. Ces séries sont comme des gammes pour un musicien, quotidiennes et répétitives : ici, avec la photographie, c’est la recherche du cadrage, de la lumière, de la matière. Aussi une réflexion sur la perception de l’écart, du moindre écart qui oblige à ce moment radical du choix et du pourquoi de ce choix. La particularité des “ Fleurs de Glace ” est d’être une gamme mouvante, où il s’agit de capter l’instant parfait dans cette métamorphose de la matière jusqu’à sa disparition. C’est un jeu assez magique  ! Seules les Fleurs de Glace nocturnes accompagnent dans cette exposition les architectures silencieuses et les roches brutes.
Parcours spirituel au fil de l’eau, les fleurs délicates deviennent tableau, oscillant entre réel et fantastique. Comme le peintre mélancolique, l’artiste arrête le temps, tant par la glace que par la prise de vue. Outre l’expérimentation, il y a la sublimation de la forme et des rapports d’intensité de matière, de textures, par une approche chromatique presque étrangère à la nature même. Certaines Fleurs de Glace inscrivent durablement le travail de Christian dans une tradition visuelle qui remonte aux œuvres subtiles et expérimentales d’Anna Atkins, qui relève de l’empreinte florale bichromatique de bleus et de blancs. Fables sur le temps, le caractère aérien des structures florales lie à la pierre la fragilité naturelle, non pas par contraste mais par évidence. Au fil du récit visuel, comme un repère intellectuel immuable, elles introduisent une nébuleuse féerie, autant liées au cœur qu’à l’esprit, relevant autant de l’esthétique que du poétique.
De la beauté au sens de pureté
Fleur figée dans la glace
Elle-même figée par l’image
Esthétique virtuose de l’infiniment naturel

Laura Samori
les Fleurs de glace

 Christian Rondet

 Lumières Cisterciennes

 Exposition du 2 au 30 août

 Abbaye de Pontigny, dortoir des convers

 -- situer le lieu --

 -- en savoir plus… --
 -- Diurnes --
 -- les Carnets de Lumière --
 -- le Mur du Chaos --
 -- Paysages de l'absence --
 -- Nocturnes --
 -- les Fleurs de Glace --
contact